Jungle en solo

Puerto Maldonado est une ville fondée au début du XX siècle par M. Maldonado (vers 1905), et qui s'est développée très récemment seulement (1980 environ). Elle est située au confluent entre les fleuves Tambopata et Madre de Dios, dans la région de Madre de Dios, qui coulent ensuite à travers la Bolivie. Le nom "Madre de Dios" viendrait du fait que la Vierge Marie serait apparue en icône dans la région. On dit aussi qu'il existe au fond du fleuve un anaconda gigantesque qui détruira la ville lorsqu'il se réveillera. De plus, d'après la légende, c'est dans cette région amazonienne, et plus particulièrement dans le parc national du Manu au Nord Ouest, que se trouverait la citée de Paipiti, plus connue sous le nom d'El Dorado. Ce serait le lieu où se seraient retirés les derniers bourgeois Incas à l'arrivée des Conquistadores avec tout leur or. Enfin, pour en terminer avec les petites histoires, cette région amazonienne (qui n'a jamais été sous le contrôle des Incas soit dit en passant car toutes leurs tentatives ont échoué) avait été appelée par les-dits Incas l'Antisuyo ("Territoire de l'Est"), et ses habitants les Antis. En arrivant, les conquistadores ont traduits Antis par Andes, et pensèrent qu'il s'agissait des peuples de la Sierra. D'où le nom de Cordillère des Andes.

En arrivant donc, le temps était comme on se l'imagine : chaud et moite, des éclaircies et des orages. Cependant, il faut savoir que c'est la seule région amazonienne où les températures peuvent varier de 40°C à 6°C. En sortant de l'aéroport, j'ai ainsi commencé par me faire arnaquer en prenant un tuk-tuk local jusqu'à la place centrale (plaza de armas, comme dans n'importe quelle ville du Pérou) pour 7 soles alors que j'apprendrais plus tard que ça coûte en réalité 4 soles. J'avais rendez-vous avec un contact de ma prof d'éco-tourisme, qui s'occupe entre autres des relations entre Rainforest Expeditions - un tour opérateur très connu - et les communautés locales. Nous avons discuté en déjeunant de ses activités, et de ce que je pouvais faire dans le coin. Ensuite j'ai passé le reste de l'après-midi à chercher un hôtel et à me promener en ville en moto taxi. Sur la rive du fleuve Tambopata se trouve la vieille ville : pistes en terre et baraques en bois toutes de guinguois. Puis sur le plateau qui surplombe le confluent, entre les deux fleuves, s'étale la ville nouvelle : 3 routes goudronnés, et quelques bâtiments en durs le long des-dites routes. Le reste est identique à la vieille ville. 
D'après ce que j'ai pu voir, l'habitation typique se compose d'une seule pièce à même la terre autour d'une petite place sur laquelle vivotent des poules et des chiens. Au centre de la place, la salle de bain (robinet d'eau provenant du fleuve, entouré de bâches en plastiques pour se protéger des regards indiscrets). La pièce en question est en fait une partie d'un édifice plus grand, en bois et tôle ondulée, dont les différentes parties/habitations sont délimitées par le même type de bâche en plastique que la douche. Je pensais vivre dans un taudis à Lima, comparé à tous les autres étudiants, je me rends compte maintenant que le fait d'avoir ne serait-ce qu'un mur pour se séparer des voisins est un luxe.
En soirée, à la recherche d'une activité pour le lendemain, je suis entré dans un bar-discothèque afin de trouver des gens avec qui discuter. J'entre donc en conversation avec le barman, un type qui vient de Lima, et qui s'est installé ici pour monter son bar parce que "les gens de la Selva (l'amazonie) boivent comme des trous". De fait, je me demandais où était passé le "sour" de mon pisco sour (cocktail péruvien de base : pisco, citron et blanc d'oeuf). Alors évidemment si en lieu et place de cocktails ils servent des verres d'alcool pur, je veux bien croire que l'on estime que les gens de la Selva se la collent souvent... En discutant avec mon barman donc, j'en viens à rencontrer un étudiant en tourisme, chauffeur de moto taxi à ses heures, qui pourrait me proposer un tour. Cependant il travaille le lendemain, et donc pars chercher l'un de ses amis qui serait libre. Avec son ami, nous planifions donc un petit tour pour le lendemain matin. Plusieurs fois je le fais répéter et confirmer les informations afin d'être certains d'éviter les malentendus. J'irais même jusqu'à l'écrire sur un bout de papier.
Et bien le lendemain matin, j'attendis une heure, de 6h à 7h, jusqu'à ce que le tenancier de l'hôtel se réveille et m'explique que l'étudiant était passé hier à 23h. Avec le tenancier ils avaient frappés à ma porte, car l'étudiant voulait confirmer que nous nous rencontrions bien le lendemain matin. Or à 11h, cela faisait 30 min que je m'étais couché, et je n'ai absolument rien entendu : je dormais à poings fermés, probablement l'oeuvre du pisco. Je me demande encore pourquoi il a soudain hésité, et surtout pourquoi il a pris la décision unilatérale qu'en fait j'étais resté à parler avec lui pour rire pendant 2h... Bref, sans but, une fois de plus, j'erre de nouveau dans la ville qui s'active lentement. Là-bas, la journée est calée en fonction du soleil : elle commence à 5h du matin, s'arrête entre 14h et 16h, et reprend jusqu'à 18h, heure à laquelle il fait déjà nuit.
Ce jour-là il pleuvait, suite d'averses plus ou moins violentes. J'avais donc pris le parti d'aller visiter le centre de réhabilitation des serpents de la ville. J'avais lu sur Wikitravel le récit d'un américain qui était resté 3 mois à Pto Maldonado et qui le recommandait. Arrivé là, je tombe sur une jeune femme qui s'ennuyait toute seule dans son petit bout de jungle. Vu que je n'avais rien à faire non plus, je passais donc la matinée avec elle à discuter des serpents et de mon voyage, à l'abri dans sa cabane/bureau. S'ensuit un déjeuner avec un membre de l'ONG Conservation Internationale arrivé le jour-même. J'avais rencontré une de ses collègues au concert de Novalima il y avait une semaine. Au cours du déjeuner, j'ai mangé un plat prohibé, qui n'était donc pas sur la carte. C'était de l'añuje, sorte de grosse souris (de la taille d'un chat) sans queue qui vit dans la jungle. Ca a beau être une espèce protégée, non seulement le type de l'ONG n'a pas tiqué, mais surtout c'était très bon. Puis dans l'après-midi je trouvais un tour de 4 jours dans la communauté de Baltimore.
Cette communauté est composée de 9 familles qui ont installé leur camp sur les rives du fleuve Tambopata, à 10h de pirogue au Nord. La première famille qui s'y est installée, des pêcheurs, est la famille Ramirez, celle dans laquelle j'allais passer 4 jours. Ce sont 4 frères qui ont décider de s'installer là pour pêcher dans les eaux poissonneuses du fleuves, puis d'ouvrir leur camp au tourisme comme activité d'appoint. C'est du tourisme "vivencial" (traduit par Google en "Tourisme Existentiel"...). Pour $200, j'allais donc passer 4 jours seul avec l'un des pêcheurs et son frère qui nous retrouverait plus tard. Non seulement c'était un prix très raisonnable par rapport à toutes les autres activités que j'ai pu trouver sur place (pas moins de $300 pour 3 jours), et en plus c'était tout à fait dans la veine de ce que je cherchais. Plus tard, je retournais voir Hermelinda, la volontaire travaillant au vivarium, parce que je n'avais vraiment rien d'autre à faire et qu'elle non plus. C'est donc elle qui m'en appris plus sur sa ville, et me fit visiter en moto la partie plus ancienne, en slalomant entre les nids de poule et les flaques de boue. Entre temps j'avais échangé mon hôtel à 20 soles la nuit pour un hôtel encore plus miteux à 15 soles. Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes comme aurait dit Candide. Mais ça c'était avant le départ...

Levé 5h pour un départ à 6h. Attente de 1h (c'était 6h heure péruvienne bien sûr...). Puis colectivo jusqu'au kilomètre 37,5 de l'interocéanique (taxi collectif). Commence la marche, avec tout mon barda – qui était tellement petit (un petit sac à dos pour une semaine) que tout le monde m'a demandé comment je faisais pour voyager aussi léger, ce à quoi je compte la rencontre de Bernard Ollivier avec un moine asiatique lors de sa "Longue Marche" : avec son paquetage énorme (dont un chariot pour porter l'eau et d'autres sacs), il fait un bout de chemin avec un moine qui n'a qu'une petite sacoche, et qui fait pourtant le même trajet que lui (traversée de la Chine centrale). – Nous marchons donc d'abord à travers des champs avant de nous enfoncer de plus en plus profondément dans la jungle, caractérisée par un tapis de feuilles mortes, des racines dans tous les sens, des buissons aux feuilles immenses (certaines étaient plus grandes que moi!), des lianes, et beaucoup plus haut, au dessus d'un mur de troncs, des petites touffes vertes. J'oublie dans ma description les nombreuses toiles d'araignées en travers de la piste que mon guide évite sans problème avec sa petite taille, et que je me paye de plein fouet avec mon 1m78 caucasien.
De fait, marcher dans la jungle est déjà une aventure à part entière. Le feuillage est opaque et uniforme, ce qui fait que le regard se pose seulement à quelques mètres devant soit... sauf quand Jorge est devant (soit 100% du temps), ce qui réduit la distance à ses pieds. Ainsi, lorsque l'on a les yeux rivés au sol pour ne pas trébucher, ce sont les toiles d'araignées, les feuilles, les épines, et de temps en temps les lianes grosses comme des troncs que l'on ne peut éviter (ma tête s'en souvient). Et lorsque ce sont les derniers que l'on souhaite éviter, l'on trébuche immanquablement 30 secondes plus tard au mieux (testé sur un panel de 4 jours). A cela s'ajoute la chaleur pesante, mais pas étouffante, qui nous permet donc d'avancer tout en transpirant abondamment. Sueur sur laquelle vient se coller la terre, les insectes, etc. Au bout de 30 minutes, le haut du corps tête comprise est donc recouvert d'une espèce de substance moite faite de terre, de sueur, d'insectes et de toiles d'araignées. Et ça ne fait que 30 minutes. De plus le bruit est incessant, et notamment un insecte gros comme deux pouces mis côte-à-côte qui produit le son d'une tronçonneuse.

Au bout de 4h de marche, fatigués donc, parce que ceux qui ont marché avec moi savent que je marche vite, et Jorge aussi maintenant, nous arrivons à un campement. Nous devions y retrouver la pirogue pour la dernière partie du trajet, 15 minutes environ. Mais le camp était vide, et infesté de mouches, d'abeilles, et d'autres insectes volant non identifiés qui rentrent dans les oreilles, les narines, la bouche, les yeux... partout en somme, sous un soleil de plomb qui plus est. J'avais en outre un peu soif : je n'avais pas souhaité m'abreuver dans les nombreux ruisseaux boueux que nous avions traversé à l'image de mon guide.
Une seule solution : continuer à marcher jusqu'à un autre camp.
Ce que nous ne savions pas encore, c'est que le fleuve Tambopata était sorti de son lit, lui et tout ses affluents bien sûr, suite aux pluies diluviennes d'il y a quelques jours. Au détour d'un buisson, nous apercevons soudain un fleuve boueux qui serpente entre les feuillages. De la vase grisâtre recouvre tous les arbres jusqu'à deux mètres au dessus du niveau actuel de l'eau.
"Comment traverse-t-on?" demandais-je,
- Il y a un pont...
- ...?
- ... sous l'eau."
Vu que le niveau de l'eau avait déjà baissé de deux mètres au moins, je me disais que le pont devait être juste sous la surface de l'eau. Je proposais donc d'enlever nos chaussures et de traverser. Jorge me répondit qu'il n'y avait aucun moyen pour que l'on ait pied. Il fallait trouver un tronc qui enjambait la rivière.
Mon sac sur le dos, l'appareil en bandoulière, et le pain de mie à la main, je m'enfonçais donc à mon tour dans la jungle hors du sentier. Encore une fois je souhaite préciser que pour Jorge c'était facile de se faufiler entre les branches, les feuilles, les épines et les troncs moisis. Mais pour mon 1m78 chargé du sac, passer sous les troncs et les feuillages devient vite plus compliqué et fatiguant. Rapidement, nous longeons le fleuve afin de tenter de trouver un passage. Longer le fleuve suppose donc que nous marchions là où s'était trouvée l'eau, soit dans une marre de vase géante. Jorge et moi nous sommes donc retrouvés plein de boue des pieds à la tête, en passant par le pain de mie. Tout était recouvert d'une couche glissante et collante de vase : sol, troncs, feuilles. Et dans cette jungle de vase, nous croisions d'énormes araignées que cela ne semblait pas déranger plus que ça. Rappelons que le soleil tapait de plus en fort, ce qui avait au moins l'avantage de sécher la boue rapidement sur les vêtements... au moins avant que la sueur ne reprenne le dessus... Finalement, au bout de 30 minutes, nous trouvons finalement un tronc fin brisé en deux qui traversait la rivière. Celui-ci reposait en son milieu sur un deuxième tronc, ce qui devait être l'unique raison pour qu'il reste en surface. Jorge monte sur le tronc en premier, et le teste avant que je passe moi-même. J'avais une couche épaisse de vase glissante collée à mes semelles, ce qui rendait l'exercice d'autant plus périlleux. En soi, je n'avais pas peur de tomber à l'eau, même en sachant qu'il y avait des caïmans, des anguilles électriques, et des piranhas dans la région. C'est plus pour mon appareil photo et mon passeport que j'avais peur. Mais heureusement, Jorge me donna un petit tronc qui me permis de prendre appuis sur la vase afin de ne pas glisser, et la traversée se fit sans encombre. 30 minutes plus tard environ, nous traversions un terrain de football au milieu de trois bâtisses en bois vermoulu sur pilotis : l'ancienne école, la salle des fêtes, et le centre de soin local de la communauté. Puis un peu plus loin nous atteignons le terrain d'un autre membre de la communauté qui nous hébergera jusqu'à l'arrivée de la pirogue vers 18h. Avant que nous allions tous nous coucher, épuisés par la randonnée et la chaleur, ils nous servit un espèce de potage noirâtre et un verre d'eau trouble, directement récupérée dans le fleuve à mon avis. Je n'avais aucune idée de ce que mangeais, mais je me suis dit que si eux le mangeaient, je pouvais le faire aussi, en priant pour ne pas tomber malade.
C'est donc de nuit, après une rando de 5 à 6h dans une jungle étouffante que nous arrivons au camp. J'étais épuisé, mais ravi. Je pu enfin prendre une douche froide (eau trouble du fleuve encore une fois) pour me décrasser. Ce n'était pas du luxe.

Le lendemain, Jorge me réveilla à 6h pour filer dans la jungle voir la "colpa" (ou Clay Lick en anglais : falaise minérale que les oiseaux viennent picorer en début de journée afin d'atténuer les effets des fruits empoisonnés qu'ils pourraient manger pendant le reste de la journée). Hop, je renfile mes vêtements plein de boue, et c'est reparti pour 1h30 de marche dans la jungle au petit matin, le ventre vide. Après 30 minutes de marche, même à 6h du matin, les vêtements sont trempés de sueur, et le pantalon alourdi colle et tombe. La seule différence en fait avec la journée, c'est la nuée de moustiques qui nous suit à la trace et attaque à chaque arrêt. A la sueur, les toiles d'araignées, et la boue, vient donc se rajouter la lotion anti-moustiques. J'avais rapidement abandonné l'idée de rester propre.
Au final nous sommes arrivés trop tard, et les aras (macaw en anglais) repartaient. Nous nous lèveront donc à 5h le lendemain pour retenter de voir la falaise couverte d'aras verts (ce qui sera aussi un échec car un aigle harpie les a fait fuir).
De retour au camp, Jorge me préparera du riz blanc avec une tranche de poisson frit, que nous mangerons avec les doigts pour décortiquer les nombreuses arrêtes. Ajoutez donc la graisse à la liste de fluides précédents.
Plus tard dans la journée nous sommes retournés dans la jungle pour aller pêcher, entre autres des piranhas. Première mission avant d'aller pêcher, trouver des appâts. Jorge s'est saisi de sa sempiternelle machette, et s'est dirigé vers un arbre fruitier. Au pied de l'arbre s'étalaient des noyaux durs. Il pris un noyau et l'ouvrit sur le dessus avec un coup de machette. A l'intérieur, on pouvait voir plusieurs orifices contenant des amandes (que je goûtais, comme tout ce qu'il m'a proposé). Et dans certains des orifices, une grosse larve blanche avait mangé l'amande. Voici les appâts. Lui coupait donc les fruits, et j'extrayais les larves en les pinçant avec les ongles pour les mettre dans une boîte de conserve. Une vingtaine de larves plus tard, nous marchions en direction d'un cours d'eau avec des cannes à pêche de fortune (un bâton flexible, du fil, et un hameçon). J'ai mis un peu de temps à saisir le mouvement de la canne pour appâter le poisson (taper la surface avec l'hameçon deux à trois fois au même endroit, comme le ferait un insecte), mais au final j'en ai pêché 3 sur 5 (la récupération s'est souvent faite à quatre pattes dans la vase afin d'arriver à saisir le poisson qui se débattait furieusement). Hormis la horde de mouche et petites abeilles qui encore une fois s'infiltrait partout, et la chaleur, c'était assez sympa. Nous les mangerons au déjeuner, avec du riz. Je vous laisse également deviner le dîner (poisson et riz).
La nuit venue, malgré ma fatigue, je ne pu refuser la marche nocturne que Jorge m'offrit. Armé de ma lampe torche Koléos qui se recharge manuellement (ô combien pratique dans un lieu pareil sans électricité!), je me barbouillai une fois de plus de lotion anti-moustiques (mais pas assez d'après ce que j'ai pu constater le lendemain, couvert de piqûres diverses et variées), et m'enfonçai dans la jungle noire derrière Jorge. La lune était pleine, et le camp était éclairé comme un plein jour. Evidemment sous la canope, c'est une autre histoire. Au cours de cette petite heure, nous croisâmes une couleuvre noire à rayures rouges vif, beaucoup d'araignées dont une tarentule, mais malheureusement très peu d'animaux (à part un añuje en quittant le camp). Nous vîmes beaucoup d'insectes mortels/toxiques/vénéneux cela dit, donc ce fut très rassurant (dont une fourmis de la taille d'une phalange de pouce qui est "bien brava, bien brava" (bien brave = très dangereuse). Mais le plus impressionnant fut sans nul doute la nuée de lucioles nous suivant à travers les arbres. On se serait cru dans un conte de fées, nous étions cernés par de petits points lumineux verts qui voletaient lentement à nos côtés, c'était vraiment magique!

Petite parenthèse linguistique : je constatais des tics idiomatiques spécifiques à la Selva : terminer les mots en -ito/-ita : aguacita (pour agua = eau), moncitos (pour monos = singes), etc. Et un mot que je viens de traduire : bichitos, qui signifie "bestioles". Sur le coup j'ai eu pas mal de soucis de compréhension, même si l'accent traînant facilite les choses ("¿Quieres aguacita?" - "Agu...¿qué?").

Cette nuit là j'ai dormi comme une pierre. Et cependant réveil à 5h pour retourner voir la colpa (second échec à cause de ce fichu aigle que nous n'avons même pas pu voir). Après le petit déjeuner (idem qu'avant), nous sommes repartis dans la jungle pour observer les singes. A la marche dans la jungle déjà fatigante, rajoutez le fait de tenter de marcher silencieusement en regardant le plus souvent en l'air sans se payer les racines, le tout pendant 2 à 3h, alors que la chaleur devient de moins en moins supportable (et que vous vous êtes levés à 5h). Cependant nous avons aperçu quelques singes, mais surtout ce qu'il a appelé des Perros del monte, ou Chiens de la jungle (la Selva désignant la jungle au sens large, soit la région amazonienne, et el monte la jungle au sens strict, soit la forêt). Ce petit animal de la taille d'un chien de taille moyenne, avec une longue queue rayée, se promène dans les arbres un peu comme des singes. Sauf qu'ils sont beaucoup moins habiles, et qu'ils paraissent tout à fait idiots. Le pire, c'est que lorsqu'ils ont peur (quand nous sommes arrivés par exemple), ils se figent sur place, puis quand la peur devient trop intense (nous nous rapprochons), ils se lâchent soudainement et s'écrasent au sol avant de détaler à toutes pattes. J'ai donc assisté à une véritable pluie de perros del monte lorsqu'ils se sont tous laissés tombés ensemble, dont l'un à 2m de moi à peine. C'était vraiment drôle.
Dans l'après-midi, après m'être coupé le doigt avec une scie en essayant de transformer une demie noix de coco en pressoir pour faire des jus de fruit, ce qui a raté car les fruits étaient trop mous, et le pressoir trop rugueux, mais qui a eu le mérite d'amuser Jorge et son frère qui était arrivé entre temps avec sa femme, nous avons pris la pirogue pour nous rendre au "village". Tous les dimanche après-midi, tous les membres de la communauté se retrouvent pour des activités sociales, notamment le football. Ne sachant pas que football se disait pelota, j'y suis allé en marcel/maillot de bain/tongs. Il était 3h, et le soleil tapait fort. Etant français, je fus naturellement surnommé Zidane. Ce n'est pas plus simple à prononcer en espagnol, mais c'est connu.
En rentrant le soir, j'ai de nouveau dormi comme une pierre. Levé le lendemain à 5h pour repartir sur Puerto Maldonado, après un bouillon... de poisson, du pain de mie infesté de fourmis, et un verre de tisane dans lequel flottaient d'autres fourmis ébouillantées. J'avais l'habitude, cela faisait déjà 2 jours que tous mes plats en étaient remplis. Nous avons donc refait le chemin en sens inverse, en ayant toutefois la pirogue ce coup-ci. 4h30 plus tard nous arrivions à l'interocéanique, puis à Puerto Maldonado, éreintés et fourbus. Le lendemain, après une nuit hébergé chez Hermelinda, à dormir sur le carrelage de son bureau, sans aucune protection, une tarentule au dessus de ma tête, je patientais derrière les contrôles à l'aéroport de 8h30 à 15h, sans pouvoir sortir, boire, ni manger. Arrivé à 17h30 à Lima, je cherchais un taxi pour vite me rendre à l'Université où j'y avais déjà manqué un cours à cause du retard de l'avion. Un type en cravate me propose un taxi, je l'ignore et continue ma route.
"Barato Señor!" ("Pas cher!"), me crie-t-il. Je me retourne et lui demande suspicieux combien.
"30 soles" Ce sur quoi j'éclate de rire et repart.
J'aurais cours jusqu'à 21h30, puis je m'écroulerais une fois de plus comme une pierre.

Dur, mais tellement bien!

Puerto Maldonado

Commentaires (2)

1. de Dinechin Thibault 06/10/2009

Super article Juju!!

Le coup de l'insecte qui fait le bruit d'une tronçonneuse me rappelle la jungle thaïlandaise!!

2. mat 10/10/2009

C'est typique le genre de trucs qui me fait apprécier mon beaufort sur sa baguette croustillante...
Ca devait être un truc de fou.

Bravo.

Mat

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